Christophe S :
Bon, on a travaillé pendant deux mois sur la mission Crédit Agricole Assurances donc on va pouvoir se tutoyer… Peux-tu me décrire le périmètre de tes interventions dans le monde événementiel ?

François J :
Et bien ma spécialité, c’est le contenu ou plutôt les contenus. HEC de formation, je connais bien l’entreprise, ses enjeux et ses non-dits.
Mon crédo, c’est l’immersion. Je tiens beaucoup à cette phase un peu caméléon d’écoute, d’apprentissage d’une culture, d’un management. Pour traduire ça en événementiel, j’interviens soit comme Directeur Editorial, prenant en charge tout le contenu, qu’il soit sérieux ou plus scénarisé ou en Directeur de Projet mais en accompagnant un annonceur comme un Directeur Conseil, tout en pilotant le management au quotidien du projet. Je suis bi-culturel et trilingue donc assez naturellement tourné vers des projets internationaux.
Et puisqu’il faut aussi évoluer, j’anime depuis quelques années les débats sur scène.

Christophe S :
C’est rassurant pour un dirigeant d’avoir sur scène le jour J la même personne avec laquelle il a construit tout son contenu…

François J :
Et ça permet de mieux gérer l’imprévu ; et puis plus tu es au cœur du message, plus tu peux mettre à l’aise, oser le parler vrai et l’humour…

Christophe S :
Depuis que tu es un professionnel de l’événementiel quelles sont les principales évolutions auxquelles tu as assistées en bien et en mal ?

François J :
Je constate que les annonceurs maîtrisent de mieux en mieux notre métier ; souvent je croise des services événementiels qui gèrent plus d’événements par an qu’une agence de taille moyenne… ça change donc la donne pour les agences qui doivent être encore plus présentes, encore plus pro-actives et intervenir en véritable conseil, très en amont. Mais en ont-elles le temps et les ressources ?

Christophe S : Sur le dossier que tu as traité pour Cosmos 21, comment définirais-tu ton intervention ?

François J :
Idéale ! L’annonceur et toi l’agence, avez  accepté que je sois en contact direct avec tous les niveaux de décision : la Direction Générale, les directions de la communication et de l’événementiel…
C'est ainsi qu'on est arrivé à instaurer une vraie relation de confiance. On ne peut jamais tout savoir d’une entreprise en aussi peu de temps et on a besoin d’un vrai dialogue avec tous les stakeholders pour offrir des alternatives, pour créer une vraie rupture. Construire le contenu d’un événement, c’est une vraie co-production, qui sera fatalement tronquée si on ne se donne pas le temps nécessaire.

Christophe S : Penses-tu que notre profession joue pleinement son rôle de conseil ou se contente-t-elle d’une manière générale de répondre à une demande ?

François J :
Tout dépend de quel type de conseil tu veux parler. Dans l’ADN d’une agence il y a le rôle de conseil en production événementielle : si l’agence n’arrive pas à convaincre l’annonceur que sa méthode est la bonne, que la qualité sera là et que ce serait mieux de faire les choses comme définies au planning et au budget, et bien elle perdra de l’argent.
Cela dit il y a un autre type de conseil : quel message, quel contenu, quel effet à produire sur vos cibles. Ca c’est plus rare, c’est aussi en général là où j’interviens.
Il n’y a pourtant aucune fatalité : certaines agences ont une véritable action commerciale et se donnent les moyens de montrer aux clients ce qu’elles font pour les autres, voire partagent avec eux des white papers par exemple. Mais combien en France ? Si tu consultes les sites des agences nord-américaines ou anglaises, même les agences de taille moyenne publient sur leur site des analyses sectorielles ou des notes de tendance.
Un annonceur qui ne m’en voudra pas si je ne le nomme pas me disait récemment qu’en début de compétition il avait affaire aux conseils, après la compétition aux opérationnels, et 1 mois avant l’événement aux demi-sels…

Christophe S :
En quoi l’événementiel peut apporter des solutions à la crise de confiance actuelle entre l’entreprise et ses clients, entre l’entreprise et ses collaborateurs ?

François J :
C'est là toute la beauté de notre métier : la capacité à créer du lien, à faire naître des communautés plus ou moins éphémères autour d'une volonté d'être mieux ensemble. Cela suppose à la fois beaucoup de veille et d'écoute, et l'acceptation par l'annonceur d'une remise en cause de ce qu'il croit acquis… pas simple… Typiquement, tout se joue toujours à la marge : tout le monde aimerait que la vie soit noire ou blanche mais nous devons tous accepter notre nature de gris ; pourquoi pas aussi en communication, où on se retrouve parfois à 12 autour d’une table en essayant de se convaincre que gris finalement c’est presque blanc…

Christophe S : et pour finir une dernière question Comment vois-tu l'événementiel évoluer ?

François J :
Je pense que l'évolution naturelle de l'événement est de devenir encore plus proche et interactif ; il doit se rapprocher du quotidien de ces cibles, en comprendre mieux les moteurs et les usages, devenir protéiforme. La "claque", l'émotion du jour J demeure mais pour créer du retour sur investissement, il faut coller à la peau.  La technologie permet des effets fabuleux, l’effet « Whoua ! » a encore sa place mais ces moyens innovants sont-ils vraiment exploités pour raconter une histoire ? N’oublions pas qu’après le « whoua !» il y a le « so what »…
A mon avis, l’innovation doit s’accélérer, l’événement a du retard par rapport à la société. L'événement investit déjà le web, les blogs et les médias sociaux, et la créativité dans ce domaine est sans limite. Tant mieux.  On « tweete » de plus en plus en convention, génial, mais il reste encore une marge de progression, passant par l'utilisation du téléphone mobile, et des tablettes. C'est à mon avis dans la conquête du "anytime/anywhere" que nous verrons les réalisations les plus innovantes. 
De fait, la logique de notre métier (celle d’un événement réussi et légitime) nous amène à proposer des actions de plus en plus en amont et en aval. Bref, Sortir du jour J pour entrer dans la vie quotidienne de l’entreprise, en quelque sorte.

Christophe S :
Merci François je te rejoins sur ton analyse : bien souvent on nous interroge plus le « comment » que sur le « pourquoi » et c’est bien la difficulté.
Car pour réussir un événement avec des retombées durables, nous avons besoin de toucher à l’essentiel, c’est-à-dire à l’humain. L’humain qui parle, et qui accepte un regard pas nécessaire complaisant sur son message, et l’humain qui écoute, qui est dans une vraie attente.
Il y a nécessairement convergence entre la communication interne, les RH, l’événementiel mais également avec la prise en compte de tous les environnements (actionnaires, clients, partenaires, prestataires, citoyens, la Terre…). C’est cela communication intégrale prônée par Cosmos 21.

 

En cours de réalisation

En cours de réalisation

En cours de réalisation